Photographie hybride : exprimer sans les mots, en jouant avec l’image

J’ai toujours aimé l’idée que les photos, une fois réalisées, continuaient leur vie. Qu’elles ne soient pas une fin en soi. J’aime bien l’idée qu’on puisse se les approprier, les (re)travailler, parfois les rejeter mais pour pouvoir mieux les redécouvrir ensuite. C’est ce qu’il est possible de faire avec la « photographie hybride ».

La « photographie hybride » : le tirage photo comme support d’expression

Alors voilà un moment que j’ai envie de creuser cette idée en travaillant directement sur les tirages photos. Raconter des choses avec ce papier qui nous représente. Jouer avec son image que l’on a, face à soi, qui nous regarde, que l’on regarde et interroge. Se regarder comme un peintre regarderait son modèle, sans juger ce qui est beau et ce qui ne l’est pas, mais en se demandant « d’accord, qu’est-ce que cela m’inspire ?« . Tout cela décale le regard, interroge des pensées qui ne sont pas forcément conscientes et les font apparaître au regard. S’observer sans jugement, ça désacralise le regard, le rend moins exigeant.

C’est un aspect de la photo-thérapie que je propose, en individuel ou en collectif. Peindre, coller, déchirer, brûler, broder, des tirages photos de soi-même pour exprimer ce que l’on a à l’intérieur, sans passer par le langage.

Ci-dessous quelques essais réalisés sur moi-même, ainsi que quelques exemples réalisés avec des clientes qui m’ont autorisées à publier leurs réalisations.

To be continued ! (j’en publierai de temps en temps sur mon compte instagram)

Le processus de création comme cheminement thérapeutique

Sur la photo ci-dessous, on ne le voit plus mais je mime la colère. Car dans ma vie d’adulte j’ai, je pense, exprimé ouvertement ma colère seulement 2 fois (et encore, elle n’est jamais explosive). La colère je la garde pour moi, je ne la montre pas, je préfère m’isoler par peur viscérale de faire mal aux autres. Alors j’ai voulu exprimer ça avec du feu, et photographier une colère qui consume au sens littéral. J’ai installé mon petit bucher, mis ma photo, et commencé à la bruler. Je voulais photographier l’évolution, l’avant et l’après. Mais la feu a commencé à un peu trop prendre de place, et je me suis mise à avoir peur pour le tas de bois sur lequel j’avais reposé la photo (et oui, il me fallait un support, quelle belle idée de mettre ça sur du bois non ? Du bois très mouillé, certes, mais mon intelligence m’éblouit parfois). Alors j’ai bougé la photo, l’ai mise au sol, tant pis pour la mise en scène. Les photos ne fonctionnaient plus.

Finalement il n’y a que celle-ci que j’aime bien. En y réfléchissant, j’aime bien cette métaphore : la colère qui s’exprime m’a fait peur, j’ai eu peur des conséquences, alors une fois encore j’ai préféré opter pour une solution plus sage et prendre sur moi, tant pis pour mon projet. Et on ne la voit plus sur mon visage, la colère.

Bref, ce n’est pas ce que j’avais imaginé, mais c’est presque mieux, car l’important dans cet esprit de la « photographie hybride », ce n’est pas seulement le résultat final, mais c’est aussi le processus.

La photo-thérapie par les photos de famille

Retravailler des photos de famille à travers des techniques de photographie hybride peut être un bon moyen de s’exprimer et de parler de son vécu. On peut venir mettre en image des non-dits, des sentiments intériorisés, se réinscrire dans le vécu familial, se « réinventer » un passé.

C’est aussi un moyen de faire de la photo-thérapie sans s’exposer à l’appareil photo, si c’est trop difficile, ou dans un deuxième temps. Je propose ce type de séance se rapprochant un peu de l’art-thérapie dans mes accompagnements. 💫


Ici, je suis partie de vieilles photos retrouvées dans le grenier de mes parents, représentant des personnes dont ma famille ne se souvient plus. J’ai voulu inventer une histoire d’emprise autour de ce couple oublié.
J’ai pris ici l’exemple de photos très anciennes pour l’aspect esthétique que j’aime beaucoup, mais il est bien sûr possible de partir de n’importe quelle photo, même récente !

Quelques réalisations de clientes

Chloé

« C’était un peu étrange au début, laisser sortir ces démons face à quelqu’un d’autre. Je suis généralement assez pudique sur mes sentiments, et je ne les montre qu’à des personnes dont je suis très proche. Mais, j’ai réussi à prendre du recul face à ça et à lâcher prise. Au final, c’était assez libérateur de mettre sur papier ces choses qui me travaillent. C’est un peu comme l’écriture ou l’art automatique, on laisse notre esprit divaguer au gré des émotions qui naissent face aux images. On identifie nos émotions liées à ces poses, ces poses qui ont étés faites sans réfléchir, sans préméditation, on se rend compte alors que notre corps parle pour nous, et cet exercice permet de nous écouter vraiment. Ça m’a permis de m’écouter pendant quelques heures et d’accepter ce qu’il y avait en moi. Merci Marie pour ça, vraiment. »

Chloé

« On m’a toujours dit que je ne savais pas prendre les compliments… Et, c’est vrai. Mon esprit, mon corps est comme hermétique aux mots gentils, aux choses bien. Mon cerveau n’a de cesse de me dire que ces paroles sont des mensonges, que je ne les mérite pas, que ce n’est pas grâce à moi… Il y a comme un blocage dans ma tête qui me dit que si j’accepte et reconnaît ces compliments, c’est que je suis égoïste, égocentrique, hautaine, etc. J’ai beau essayer de me convaincre qu’accepter des compliments ça n’a rien de tout ça, je n’y arrive encore pas. A l’instant où quelqu’un·e prononce des mots gentils à mon égard, je deviens sourde, une barrière se forme entre moi et ces paroles.« 


Et en bonus, un collage de Valérie, autour de la thématique du « punk ». « Ce qu’on te reproche cultive-le, c’est toi. »

Si cela vous intéresse, pour vous ou dans le cadre d’un projet collectif, n’hésitez pas à me contacter pour en discuter 🙂